ÉDITO | Jeunesse Gabon avenir : peut-on construire le Gabon de demain sans associer sa jeunesse aux décisions d’aujourd’hui ?

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Il existe une formule que l’on entend régulièrement dans les discours officiels, les conférences économiques et les débats publics : « la jeunesse est l’avenir du Gabon ». La phrase est devenue familière. Elle est répétée avec conviction par les responsables politiques, les acteurs économiques, les institutions internationales et les organisations de la société civile.

Pourtant, derrière cette affirmation largement partagée, une question mérite d’être posée : si la jeunesse représente effectivement l’avenir du pays, pourquoi sa place dans les processus de décision demeure-t-elle aussi limitée ?

Le sujet est loin d’être anecdotique. Il touche à la manière dont le Gabon prépare son futur, conçoit ses politiques publiques et imagine son développement pour les décennies à venir.

Car il existe une différence fondamentale entre construire des projets pour les jeunes et construire l’avenir avec eux.

Une jeunesse omniprésente dans les discours

Depuis plusieurs années, les programmes destinés à la jeunesse se multiplient. Les annonces concernent l’entrepreneuriat, la formation professionnelle, l’emploi, le numérique, le sport ou encore l’accompagnement des porteurs de projets.

Les autorités ont également mis l’accent sur la création d’opportunités économiques, la promotion de l’innovation et le développement des infrastructures destinées aux nouvelles générations.

Ces initiatives répondent à une réalité démographique incontournable. Le Gabon est un pays jeune. Une part importante de sa population a moins de 35 ans et cette tendance devrait se maintenir dans les années à venir.

Les enjeux sont donc considérables :

  • L’accès à l’emploi ;
  • La qualité de la formation ;
  • L’insertion professionnelle ;
  • L’accès au logement ;
  • La participation citoyenne ;
  • La transformation numérique de l’économie.

Sur le papier, peu de sujets semblent mobiliser autant d’attention. Mais la question centrale reste entière : la jeunesse participe-t-elle réellement aux choix qui la concernent ?

Des bénéficiaires, mais rarement des décideurs

L’un des paradoxes les plus visibles réside dans le rôle attribué aux jeunes dans l’espace public.

Ils sont régulièrement présentés comme les bénéficiaires des politiques publiques. Ils sont au centre des campagnes de sensibilisation, des programmes de financement et des projets de développement.

Mais lorsqu’il s’agit d’élaborer les stratégies, de définir les priorités ou de participer aux arbitrages, leur présence demeure souvent marginale.

La plupart des grandes décisions concernant l’emploi, l’éducation, l’entrepreneuriat ou l’innovation continuent d’être prises par des générations qui ne vivent plus les réalités quotidiennes de la jeunesse actuelle.

Cette situation ne signifie pas que les décideurs ignorent volontairement les préoccupations des jeunes. Elle révèle plutôt un mode de gouvernance qui peine encore à intégrer pleinement leur expertise d’usage.

Or, qui mieux qu’un jeune diplômé peut parler des difficultés d’insertion professionnelle ? Qui mieux qu’un entrepreneur débutant peut identifier les obstacles administratifs à la création d’entreprise ?

Une génération qui ne manque ni d’idées ni d’ambition

Contrairement à certaines perceptions, la jeunesse gabonaise n’est pas passive.

Les réseaux sociaux, les espaces associatifs, les initiatives entrepreneuriales et les projets communautaires démontrent quotidiennement une volonté d’agir et de contribuer au développement du pays.

Partout sur le territoire, de jeunes Gabonais lancent des entreprises, créent des contenus numériques, développent des solutions innovantes, s’engagent dans la vie associative ou participent à des actions citoyennes.

Cette dynamique traduit une aspiration profonde : celle d’être considérés comme des acteurs à part entière et non comme de simples bénéficiaires de politiques conçues ailleurs.

Dans les discussions qui animent les plateformes numériques, un constat revient fréquemment : les jeunes demandent certes des opportunités, mais ils réclament également davantage d’écoute.

L’écoute est-elle devenue une priorité ?

Ces derniers mois, plusieurs consultations et rencontres ont été organisées autour des questions de jeunesse. Ces initiatives témoignent d’une volonté de dialogue qui mérite d’être saluée.

Cependant, une interrogation demeure : quelle influence réelle ces échanges exercent-ils sur les décisions finales ?

Écouter ne signifie pas nécessairement associer.

La participation citoyenne devient réellement efficace lorsque les contributions formulées sont prises en compte dans les politiques publiques. Sans cette traduction concrète, le dialogue risque de se limiter à un exercice symbolique.

La jeunesse ne demande pas seulement à être entendue. Elle souhaite également être considérée comme une force de proposition capable d’apporter des solutions aux défis du pays.

Le risque d’un décalage générationnel

Le monde évolue rapidement. Les aspirations des jeunes d’aujourd’hui ne sont plus celles des générations précédentes.

Le développement du numérique, les nouvelles formes de travail, l’intelligence artificielle, l’économie des plateformes et l’accès instantané à l’information ont profondément transformé les attentes.

Beaucoup de jeunes Gabonais ne rêvent plus uniquement d’intégrer la fonction publique. Ils aspirent à entreprendre, à innover, à travailler à l’international ou à développer des activités indépendantes.

Si les politiques publiques ne prennent pas suffisamment en compte ces mutations, elles risquent de répondre à des réalités qui ne correspondent plus aux besoins actuels.

Associer davantage les jeunes à la réflexion collective n’est donc pas une concession. C’est une nécessité stratégique.

Le véritable enjeu : construire une responsabilité partagée

La question de la participation des jeunes ne doit pas être réduite à une simple revendication générationnelle.

Elle touche directement à la qualité de la gouvernance et à la capacité du pays à préparer son avenir.

Une jeunesse responsabilisée développe un sentiment d’appartenance plus fort. Elle devient davantage impliquée dans les décisions publiques, plus exigeante envers ses dirigeants mais également plus consciente de ses propres responsabilités.

À l’inverse, une jeunesse durablement éloignée des centres de décision peut développer un sentiment de frustration ou de désengagement.

Le défi consiste donc à créer des mécanismes permettant une participation réelle, continue et constructive.

Conclusion

Le Gabon dispose d’un atout majeur : sa jeunesse. Elle représente non seulement une force démographique, mais également un réservoir considérable d’énergie, de créativité et d’innovation.

Les projets destinés aux jeunes sont nécessaires. Les investissements dans l’éducation, le sport, l’emploi ou l’entrepreneuriat demeurent essentiels. Mais ils ne suffiront pas à eux seuls à préparer le pays de demain.

Le véritable enjeu consiste désormais à franchir une étape supplémentaire : passer d’une logique de politique pour la jeunesse à une logique de politique avec la jeunesse.

Car l’avenir du Gabon ne dépendra pas uniquement des décisions prises en faveur des jeunes. Il dépendra aussi de la place qui leur sera accordée autour de la table où ces décisions sont prises.

Construire le Gabon de demain sans écouter sa jeunesse est possible. Mais construire un Gabon durable, inclusif et ambitieux sans l’associer pleinement paraît beaucoup plus difficile.

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