Un an après Oligui Nguema : le Gabon a-t-il réellement changé ?

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Un an après son élection à la présidence de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema conserve une forte popularité auprès d’une partie de la population gabonaise. Infrastructures relancées, diplomatie active, retour de certains investissements : les signes de changement sont visibles. Mais dans les marchés, les quartiers populaires et les foyers, beaucoup attendent encore une amélioration concrète de leurs conditions de vie. Entre espoir et impatience, le bilan reste contrasté.

Une rupture politique largement saluée

Lorsqu’il accède au pouvoir à la suite du coup d’État du 30 août 2023, puis remporte l’élection présidentielle d’avril 2025 avec plus de 90 % des suffrages exprimés, Brice Clotaire Oligui Nguema incarne pour de nombreux Gabonais la fin d’un cycle politique de plus de cinq décennies marqué par la domination de la famille Bongo.

La transition menée entre 2023 et 2025 a permis l’adoption d’une nouvelle Constitution, l’organisation d’élections jugées globalement apaisées et la mise en place de nouvelles institutions. Cette séquence politique a contribué à restaurer une certaine confiance entre les citoyens et l’État.

Sur le plan de la gouvernance, plusieurs mesures symboliques ont été prises pour marquer la rupture avec les pratiques du passé : lutte affichée contre la corruption, réorganisation de l’administration et volonté de renforcer la présence de l’État sur le territoire.

Des infrastructures visibles et des chantiers relancés

C’est probablement sur le terrain des infrastructures que les changements sont les plus perceptibles. Routes urbaines, voiries, bâtiments administratifs, équipements publics ou encore projets énergétiques ont bénéficié d’une accélération notable depuis la transition.

Les autorités ont multiplié les annonces d’investissements dans les infrastructures stratégiques afin de réduire le retard accumulé au cours des dernières décennies. Les dépenses publiques consacrées aux investissements ont fortement augmenté, notamment dans les secteurs du transport, de l’énergie et des services publics.

Le gouvernement mise également sur de grands projets structurants, notamment dans les secteurs minier, ferroviaire et portuaire. Le projet de développement du gisement de fer de Belinga, souvent présenté comme l’un des leviers de diversification économique du pays, illustre cette ambition.

Pour de nombreux citoyens, ces réalisations constituent des signes tangibles d’un État plus actif et plus présent qu’auparavant.

Une diplomatie repositionnée sur la scène internationale

Le Gabon a également retrouvé une visibilité diplomatique importante. Après la période d’incertitude qui a suivi le changement de régime, Libreville a multiplié les initiatives visant à rassurer ses partenaires économiques et financiers.

Les autorités gabonaises ont renforcé leur présence dans les forums internationaux, cherché à attirer de nouveaux investisseurs et développé des partenariats dans les domaines des infrastructures, du numérique et de l’industrie.

Cette stratégie vise à faire du Gabon un acteur plus attractif pour les investissements étrangers tout en soutenant les ambitions de diversification économique du pays.

Le défi majeur : la vie quotidienne des Gabonais

Malgré ces avancées, la question qui revient le plus souvent dans les échanges avec les citoyens reste celle du pouvoir d’achat.

Dans les marchés de Libreville, Port-Gentil, Franceville ou Oyem, les préoccupations demeurent largement les mêmes : hausse des prix des denrées alimentaires, coût du transport, difficultés à trouver un emploi stable et faibles revenus des ménages.

Pour beaucoup, les changements observés au niveau des infrastructures n’ont pas encore produit d’effets significatifs dans le panier de la ménagère. Les attentes étaient immenses après le changement de régime, et une partie de la population estime que les bénéfices de la relance économique tardent à atteindre les couches les plus modestes.

Le chômage des jeunes reste particulièrement préoccupant. Selon les données régulièrement citées par les institutions internationales, il demeure l’un des principaux défis sociaux du pays.

Eau, électricité et services publics : des difficultés persistantes

Autre sujet de frustration : la qualité des services publics. Malgré les investissements engagés, les coupures d’eau et d’électricité continuent d’affecter de nombreuses localités.

Les délestages électriques ont notamment marqué l’actualité récente et révèlent l’ampleur des défis structurels auxquels le pays demeure confronté. Les autorités ont lancé plusieurs initiatives pour renforcer les capacités de production énergétique, mais les résultats restent encore insuffisants aux yeux de nombreux usagers.

Dans plusieurs secteurs, les citoyens reconnaissent les efforts entrepris mais demandent désormais des résultats plus rapides et plus visibles dans leur quotidien.

Une économie sous surveillance

Sur le plan macroéconomique, le gouvernement cherche à maintenir l’équilibre entre investissements massifs et stabilité financière.

Le recours à de nouveaux financements, la restructuration d’une partie de la dette intérieure ainsi que la demande officielle d’un programme auprès du Fonds monétaire international témoignent des défis budgétaires auxquels le pays fait face.

Cette situation souligne la nécessité pour les autorités de transformer les grands projets annoncés en créations d’emplois durables et en amélioration concrète du niveau de vie.

Entre espoir et exigence

Un an après son arrivée à la présidence, Brice Clotaire Oligui Nguema peut mettre en avant plusieurs réalisations visibles : stabilisation politique, relance des investissements publics, regain diplomatique et lancement de nombreux projets structurants.

Cependant, le jugement final des citoyens ne se fera pas uniquement sur les routes construites ou les partenariats signés. Il dépendra surtout de la capacité du pouvoir à améliorer durablement la vie quotidienne des Gabonais.

Dans l’opinion publique, l’espoir demeure réel. Mais il s’accompagne désormais d’une exigence croissante : voir les effets du changement non seulement dans les discours officiels et les grands chantiers, mais également dans les foyers, les emplois, les factures et les assiettes.

Un an après l’élection d’Oligui Nguema, le Gabon semble incontestablement avoir changé de trajectoire. Reste à savoir si cette dynamique se traduira, dans les années à venir, par une transformation profonde et durable des conditions de vie de l’ensemble de la population.

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